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Chrétiens dans
l'enseignement public

Bernard Lepage, président de CdEP, répond à un éditorial de La Vie

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Bernard Lepage, président de CdEP, répond à un éditorial de La Vie

Suite à l'éditorial du magazine la Vie du 10 juillet 2025, sur les difficultés auxquelles se trouve confronté le système éducatif français en ce moment, CdEP souhaite témoigner, malgré tout, de quelques signes d’espérance et de réussite afin de rendre hommage à celles et ceux qui, dans l’exercice de leur métier, travaillent à améliorer l’éducation pour la rendre plus humaine et accessible à tous.

Pour compléter la réflexion de l’éditorial fort juste de Madame Priscilia de Selve sur ce qu’elle appelle « l’apocalypse de l’Éducation Nationale » (La Vie n°4167 du 10 juillet 2025), nous souhaiterions, nous Chrétiens dans l’Enseignement Public (CdEP, association de laïcs reconnue par les évêques de France), ajouter quelques paroles d’espérance au cœur de cette Apocalypse.

Après tout, ce qui est caché dévoile, au cœur des apparences terribles, une autre dimension qui modifie le regard et engage l’espérance, donc l’avenir et le travail quotidien. D’ailleurs il faudrait éviter de toujours juger l’Éducation Nationale à l’aune de ses résultats proprement scolaires. C’est l’emprisonner dans une réalité qu’elle n’est pas seulement, car elle est plus large en ses défis et plus noble en ses valeurs. Nos équipes locales font bien sûr le constat des difficultés du métier justement évoquées dans l’éditorial et les partagent, ce qui au passage traduit pour les éducateurs la nécessité d’une écoute attentive et respectueuse, sans jugement. Mais plus positivement, les comptes-rendus de nos équipes font aussi état de signes tangibles qui, au sein même d’une institution mal en point, fondent l’espérance que chaque être humain peut évoluer, changer et s’éduquer par la culture, l’esprit critique et la prise de conscience du bien commun. Ainsi en va-t-il de la mise en place de stratégies éducatives pour une pratique raisonnée du téléphone portable au lycée, de formations à la communication non violente pour les élèves autant que pour les enseignants, du dialogue pour que soit comprise et respectée la laïcité non comme une contrainte faite pour nier l’identité mais comme une nécessité du vivre ensemble et une disposition d’esprit fondamentale pour accéder à la connaissance, ceci pour donner quelques exemples concrets. Et que dire des retours respectueux et reconnaissants d’anciens élèves à leurs enseignants, de l’évolution de tel ou tel qui passe de l’hostilité à la bienveillance ?

Bien sûr le miracle instantané existe rarement, mais la continuité de l’effort éducatif, les repères dispensés et entendus, fussent-ils mal reçus, ont bien des pouvoirs cachés. Ne désespérons pas de l’Éducation Nationale mais libérons-la des poids d’une société consumériste qui nie l’effort et l’intériorité. C’est peut-être toute la société qu’il faudrait rééduquer et pour entrer dans cette voie, faire sentir combien l’effort éducatif, même imparfait et défaillant, finit par semer quelques graines qui peu à peu porteront des fruits et seront des outils indispensables pour l’avenir de nos enfants Les enseignants de nos équipes, en dépit des difficultés du métier, en témoignent à chacune de leurs rencontres. Il nous importe de le faire savoir.

Voir le citoyen futur et l’homme d’avenir derrière l’élève, faire fi des inquiétudes matérielles, dépasser le modèle de consommation, retrouver l’esprit humaniste dans l’utilisation des nouvelles technologies, que de tâches ô combien difficiles à l’heure actuelle – ne le nions pas – mais engager et propager cette prise de conscience aide tous les acteurs éducatifs à faire évoluer l’école dans le sens souhaité ; nous en sommes témoins chaque fois que nous insistons sur ce qui devrait être premier : « bien faire l’homme » comme disait Montaigne et pas seulement former des compétences (mot emprunté à la langue de l’économie). Le salut d’une société et le dépassement des épreuves collectives et individuelles peuvent-ils venir d’autres lieux que ceux de l’intériorité, de la réflexion et du souci de l’humain ?

Bernard Lepage Président de CdEP

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Dans son éditorial du 19 août 2025 dans La Vie, "Les moyens pauvres de l'amour", Priscilia de Selve cite plusieurs fois cette lettre.