vendredi, 02 octobre 2020 12:25

Pour une éthique de la non-puissance

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La crise sanitaire a au moins eu l’avantage de provoquer une série de réflexions citoyennes, parfois fâcheusement tonitruantes et égocentristes, mais a aussi fait fleurir quelques bonnes surprises utiles pour l'approfondissement des comportements collectifs et individuels. La revue « Etudes » y a participé activement.

Du dernier numéro spécial d'octobre 2020 sur ce thème, « Utopie virale », je retiens principalement l'article « POUR UNE ÉTHIQUE DE LA NON-PUISSANCE » de Margaux Cassan (diplômée de l’École Normale Supérieure en philosophie des religions). Tout simplement parce que me paraissent déficients, dans nos réflexions, les concepts et pratiques de modestie, de modération, de sobriété, et pourquoi pas d'humilité.                     

L’auteur tient avec raison à distinguer la non-puissance, voulue et recherchée, de l'impuissance conjecturalement subie. Elle fait surtout référence à Jacques Ellul « historien du droit, sociologue libertaire, théologien à ses heures perdues, [qui] a alerté ses contemporains contre les dérives du progrès technique, de la mondialisation, de la course après l’argent. » Comment sortir de l'impératif catégorique « dès qu’on peut, on fait » ; pour préciser, Jacques Ellul liste quelques comportements qui découlent de cet adage délétère.

J'en étais là à partir de ma répulsion contre les comportements de recherche permanente de la puissance, de la suprématie, de l'hégémonie, qui fleurissent dans le champ politique ou religieux, au détriment des capacités à communiquer, à construire avec d'autres un chemin favorable au bien de chacun, au bien commun. On peut glaner quelques réflexions aussi dans ce numéro sur la construction des « communs », à l'image de ces terres partagées dans des ruralité profondes et passées et de l’invention et le développement des « communs » d'aujourd'hui. La non-puissance voulue et assumée y contribue, nous dit Margaux Cassan, tout en tempérant ainsi : « Nous voyons sur quels bienfaits cette puissance peut aussi déboucher. Mais il n’est pas non plus question de se résigner et de la regarder nous dépasser, se nourrir elle-même et crever un peu plus le plafond fragile du ciel. »

Jacques Ellul, théologien à ses heures perdues, nous rappelle que le Jésus des chrétiens, le Tout Puissant venu parmi les hommes, a souvent pris la décision de la retenue, de l'humilité, de la non-puissance. A l'inverse, les principales religions, dont la catholique, et peut-être plus encore les « jeunes » religions se sont engagées dans une intransigeance et un comptage des troupes de type fondamentaliste, favorable à la montée de comportements concurrentiels provocateurs de divisions, de surenchères, de tensions, de radicalisations et de violences latentes.

Du côté des politiques, des comportements analogues provoquent des clivages entre les extrêmes, avec des surenchères de part et d'autre, à droite et à gauche, peu favorables à une gouvernance apaisée et respectueuse.

Il est important que des hommes de bonne volonté fassent évoluer le climat général dans un sens plus serein. Les crises sanitaire et climatique actuelles montrent à quel point ce changement de cap serait nécessaire pour affronter les vrais enjeux qui se présentent à l'humanité ; réduire les inégalités, favoriser une cohabitation respectueuse des plus vulnérables, de la diversité des terriens présents et à venir.

Le monde catholique, clercs et laïcs, serait avisé d'oeuvrer dans ce sens, avec moins de velléités suprémacistes. L'islam, grande religion parmi d'autres, gagnerait aussi à montrer sa capacité à entrer en modernité et à cohabiter dans un monde pluriel, et à empêcher ses extrémistes de faire du djihad une menace de mort.

Bref, autant que possible, que chacun balaie honnêtement devant sa porte !

    Antoine Martin

Parmi d’autres articles, je citerai volontiers :
Pour une utopie modeste, de Paul Valadier
De la mythologie chrétienne à la foi modeste, de François Cassingena-Trévedy, moine bénédictin de Ligugé

 

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