mardi, 25 février 2020 20:15

Mort, mais pas dans mon coeur

Écrit par

La Canadienne Josée Masson, travailleuse sociale, a développé une expertise en matière de deuil chez les enfants et les adolescents depuis plus de vingt ans. Pierre Fournier, l'auteur de cette recension, nous invite à découvrir ce livre écrit avec beaucoup de pédagogie dans l'expression de la pensée, avec de nombreux témoignages et résumés (de démarches, de dialogues avec des jeunes,..). C'est tout l'intérêt de cet ouvrage pour les enseignants et les éducateurs comme pour les familles, ou les acteurs de la pastorale du deuil.

LIVRE: "Mort, mais pas dans mon coeur "
Josée MASSON,
éd. Desclée de Brouwer, 2019, 397 p. , 20,90 €
ISBN-13 : 978-2220096230
 

           Les enseignants et l'école sont bien présents en ce livre. Comment prendre en compte les élèves en deuil, enfants ou jeunes, quand le décès d'un être cher survient ? Comment répondre à leur réel besoin d'avoir des interlocuteurs, de parler et d'être écoutés, encouragés ?...Le chap. 8 est consacré à "L'école, et les aidants professionnels. Quand un élève à l'école vit un deuil": le retour à l'école, le rôle de la direction, des professeurs, des autres intervenants scolaires, les services d'aide appropriés,.. ?..Comment réagir suivant les différentes causes de décès: maladie, accident, suicide, violence (en famille, homicide,..) ?  Une lycéenne, 15 ans, en deuil de son père (accident), témoigne: "Une professeure s'était vraiment occupée de moi; elle avait même passé du temps à nous parler de la mort, en faisant référence à celle de mon père. Toute la classe participait" (p.333). Est préconisée "l'attitude empathique".       

             C'est, selon le sous-titre, la visée de ce livre important, qui est, en fait, la troisième édition, augmentée, affinée, de la première édition (2010). Ce livre, en effet, est riche de l'expérience de Josée Masson, canadienne, travailleuse sociale investie depuis plus de vingt ans dans le soutien aux enfants et adolescents en deuil. Egalement formatrice et conférencière, l'auteure a créé l'organisme "Deuil-Jeunesse" pour les jeunes confrontés à l'épreuve d'un deuil, ou d'autres réalités de pertes.

            Après avoir approfondi la notion de deuil, J. Masson pose la question de la durée du deuil chez les enfants et les jeunes, puis elle aborde la façon d'annoncer la mort à un jeune. Et que dire de la mort, de l'importance des rites funéraires pour que le jeune y participe au mieux, de la peur du traumatisme en fonction de certaines pratiques (inhumation, crémation, urne,..) ?  L'auteure repère bien les réactions complexes et les besoins du jeune en deuil au fil du temps: changement de comportement, stress, régressions, agressivité, silence, difficultés scolaires (incapacité à se concentrer, redoublements,..p.192; 305;..).. Sans oublier qu'enfant et parent en deuil vont ensemble évoluer dans les changements familiaux...Pour parler de la mort avant qu'elle ne survienne, J. Masson analyse aussi le rôle des adultes entourant l'enfant: dans la famille et la parenté, ou avec un nouveau conjoint, ou à l'école, ou avec les aidants professionnels,.. Se pose ici la question de l'anticipation en famille, et "l'éducation à la mort à l'école. Comme la maison familiale, l'école est un endroit favorable aux échanges sur des thèmes peu abordés en général dans la société. Or, la mort fait très souvent partie des événements de l'actualité..." (p.365),...: . Des aspects pratiques sont abordés: auprès des enfants en deuil, les souvenirs à "immortaliser" (photos, traces numériques,..), les activités à réaliser (dessin, lettres, voir des films,..). L'auteure admire en diverses occasions la résilience des enfants et des jeunes trouvant en eux-mêmes des ressources remarquables pour faire face.

        Le lecteur peut penser aux livres d'Antoine Leiris "Vous n'aurez pas ma haine" (2016) et "La vie, après" (2019)  à propos de la mort brutale de son épouse au Bataclan en 2015 et de l'éducation de son fils depuis ses dix-sept mois...Le lecteur peut aussi chercher en ce livre des données de l'aspect religieux. Elles sont évoquées à propos des rites funéraires des diverses religions et croyances (p.135-166). Le recours à la prière est mentionné (p.206) et une prière à Jésus d'une fillette de 6 ans est citée (p.98). Les lecteurs impliqués dans des accompagnements religieux (chrétiens ou autres,..) pourront compléter ces données. La tâche de l'adulte est de répondre avec "c-l-a-r-t-é", soit: "calme, l'honnêteté, attention, rapidité, tolérance, exactitude".

        L'ouvrage fournit une abondante bibliographie, depuis les classiques réflexions d'Elisabeth Kübler-Ross sur les étapes du deuil et dans son livre "La mort, dernière étape de la croissance" (1975), ou de Boris Cyrulnik sur la résilience ("Ces enfants qui tiennent le coup", "Un merveilleux malheur";...) jusqu'aux marquantes études du P. Jean Monbourquette, spécialiste du deuil ("Aimer, perdre, grandir",..), ainsi que des vidéos, et d'autres études comme l'ouvrage collectif "La mort au tableau noir" (Frontières, Montréal, 2000) ou un autre collectif  "La mort, le deuil, le suicide à l'école" (Etudes sur la mort, N° 131, L'Esprit du temps, 2007, un chap. sur "La formation des enseignants".).

        Ce livre est écrit avec beaucoup de pédagogie dans l'expression de la pensée, avec de nombreux témoignages et résumés ( de démarches, de dialogues avec des jeunes,..). C'est dire l'intérêt de cet ouvrage pour les enseignants et les éducateurs comme pour les familles, ou les acteurs de la pastorale du deuil.

P. Pierre Fournier
Gap

Du même auteur Pierre Fournier, vous pourrez lire dans le prochain numéro de notre revue "Lignes de crêtes" (n° 46 à paraître en mars 2020), une présentation du dernier livre d'Antoine Leiris : "La vie, après".
Antoine Leiris a perdu sa femme le 13 novembre 2015 au Bataclan. "Vous n'aurez pas ma haine", son précédent livre, racontait les jours d'après, pour lui et son fils Melvil. Quatre ans plus tard, tous deux ont changé et grandi. Antoine Leiris n'est plus le même homme, ni le même père ; Melvil est devenu un petit garçon. C'est ce voyage que raconte La Vie, après. Celui d'un homme et de son fils qui ont poursuivi, malgré tout, leur chemin vers la vie. Un récit affectif et lumineux, qui dit combien l' écriture est source et témoin du vivant.

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