jeudi, 06 février 2020 19:49

Prendre soin d'autrui

Écrit par

"Prendre soin d'autrui"... telle est l'invitation que nous adresse l'auteur au travers de thèmes pédagogiques et sociétaux, comme un fil rouge qui parcourt des lectures dans des domaines où l'actualité est toujours présente et interpelle notre vigilance dans le rapport aux autres.

Bonjour,

Je voudrais centrer mon propos aujourd'hui sur le fait de « prendre soin d'autrui », une réflexion nourrie de plusieurs lectures.

Nous connaissons bien, en principe, nous enseignants, les soins méticuleux, et si possible appropriés à apporter aux plus fragiles d'entre nos élèves. Celui qui les prodigue doit encore veiller à ce qu'ils ne soient pas stigmatisants, afin qu'ils ne provoquent pas un rejet du destinataire, ou un mépris de ses pairs. Ce n'est pas une mince affaire !

J'en suis venu là dans ma retraite à la lecture de textes de Cynthia Fleury1, dont le petit opuscule « le soin est un humanisme » édité chez Tracts Gallimard, ouvrage que j'offre volontiers à mes soignants. Cynthia Fleury a aussi produit un ouvrage plus dense et approfondi intitulé « les irremplaçables », dans lequel le dernier chapitre traite de l'éducation. Oui, nous en sommes persuadés , l'éducation est un humanisme. Nos échanges en CdEP le réaffirment et l'illustrent en permanence.

Reste à savoir si ce « prendre soin » ne doit fonctionner que dans un sens, du fort vers le faible ? Il y aurait à mes yeux deux inconvénients à cela :
- ce serait placer le premier hors des besoins de sollicitude et d'empathie. Donc le placer abusivement en démiurge intouchable ; est-ce le cas et le voulons-nous ?
- ce serait penser le faible non capable de considérer autrui avec bienveillance, d'avoir cette responsabilité, donc le rabaisser encore...

Et puis j'aime bien penser un peu à l'encontre des idées reçues, cela peut être fructueux.

Comme ce journaliste qui pointait la nécessité de prendre soin des sociétés d'accueil, afin de rendre possible et acceptable l'arrivée des étrangers réfugiés climatiques ou économiques, qui ne manqueront pas à l'avenir.

Mieux vaut connaître le danger pour l'affronter. L'actualité récente m'a conduit à m'informer sur les frères musulmans et le salafisme. Rien de tel pour cela que l'ouvrage érudit de Michaël Prazan « Frères musulmans, une dernière idéologie totalitaire », nourri par des interviews de figures de ce camp2. Cela fait frémir, mais mieux vaut savoir où conduisent le fondamentalisme religieux et l'isolement communautaire (cf Hugo Micheron3 « le salafo djihadisme » « L'enclavement territorial et communautaire, une géographie salafo-djihadiste » Le Monde du 26/01/2020)

En regardant aussi ce qui se trame dans une certaine catholicité (allez donc sur le site de « civitas » ou sur celui d’ « alliance vita », avec lucidité et surtout sans vous laisser embrigader), je me disais vivement : « nous n’avons pas besoin de salafistes de la catholicité. »

Le tueur de Villejuif Nathan Chiasson était ainsi présenté à la même date : « il se serait converti au catholicisme en été 2016, puis au protestantisme avant de se tourner récemment vers l'islam ». Où va-t-on si les fondamentalismes religieux se nourrissent entre eux, et provoquent la haine ?

D'où l'intérêt de transmettre inlassablement les valeurs de la République et la laïcité ; et aussi de rendre chacun capable de prendre soin d'autrui, au delà de sa sphère proche, de sa communauté, de son entre-soi. Le travail que peut faire l'école dans ce sens, pas toujours reconnu, parfois vilipendé, serait à prendre en charge par chacun, et inlassablement par les autorités comme amorcé sur le site dédié4.

                                              

 

1 Pour Cynthia FLEURY(CF), aller voir Babélio https://www.babelio.com/livres/Fleury-Le-soin-est-un-humanisme/1145663

CF appuie son argumentation sur la nécessité, pour l'éducation, d'aboutir à un individu accompli. Il y faut de la discipline, apparence de dressage, non pour faire disparaître son irremplacibilité, mais pour la sculpter, la construire formellement ; savoir éviter l'usage nuisible de ses forces, ne pas en abuser et se mettre lui-même en danger. Éduquer d'après l' état futur de l'espèce humaine, en vue de faire naître un état meilleur.

Toute éducation individuelle participe à l'éducation de l'humanité, la consolide. Apprendre à sortir de l'état de minorité suppose comprendre la notion de limite, de contrainte. Mais on sait bien qu'une discipline qui s'assimile aux seules contraintes et docilités fait manquer la cible éducationnelle.

Une telle éducation participe aussi de/à l'individuation, particulièrement chère à CF ; une individuation qui ne glisse pas vers l'individualisme, et qui s'articule avec la démocratie. « Le pouvoir est-il la continuation de la religion par un autre moyen  ? » ou réciproquement dirais-je.

S'individuer, devenir sujet, nécessite de sortir de l'état de minorité dans lequel on se trouve, naturellement et symboliquement.

Plus loin, CF décline tout cela au regard de l'enfant placé entre l'école et la famille. La discipline est finalement celle de la cohérence d'un lieu avec un agir et en penser. Mais il y a ceux qui ne saisissent aucunement le sens des frontières et la performativité des territoires. Être dedans ou dehors, à la maison ou à l'école, n'est ni différent, ni différenciant. Ceux-ci sont prisonniers de leur individu embryonnaire, non pas authenticité, mais prison pulsionnelle. Jusqu'à ce qu'ils soient diagnostiqués hyperactifs, donc médicalisés, manière de sortir du souci éducationnel et de la culpabilité des enseignants. Mais le soin est un humanisme, lui aussi, dit aussi CF.

In fine, CF revient sur le fait que l'individualisme n'est que la version abâtardie de l'individuation, qui se contente de simulacres de l'état de droit. Là intervient le terme et la réalité du populisme, la revendication de détenir le vrai sens du peuple. Les vrais gens, les lésés depuis toujours... discours infaillible sur le peuple. La critique des élites n'est que l'avant-poste de la critique des intellectuels, du logos lui-même. La culture ne peut être que dominante et adjudant des pouvoirs.
Après avoir cité Aristote « on prend fort peu de soin de ce qui est commun » . L'histoire politique et économique dévalue le commun. Pour s'y intéresser faut-il le rendre appropriable ? Il suffit de comprendre que l'humanité n'est pas assimilable à l'homme, mais ce qui résulte de la réconciliation de l'homme avec la nature. Sans celle-ci l'homme est condamné à sa survie et en son mode afférent, la barbarie, pillage du sol et du travailleur.

2  Pour Mickaël Prazan : https://www.dailymotion.com/video/x5t8i1d

3 Ouvrage à venir de Hugo Micheron : Le djihadisme français

Connectez-vous pour commenter

Abonnement à la Lettre Électronique

Donnez votre adrélec, puis recopiez à droite les caractères apparaissant à gauche.

captcha 

Coordonnées

CdEP - 67 rue du Faubourg St Denis
PARIS Xème
Métro : Château d'eau - Strasbourg St Denis

  • Tel : 01 43 35 28 50
Vous êtes ici : Accueil Publications Culture Livres lus Prendre soin d'autrui