vendredi, 13 décembre 2019 21:22

La contribution des écoles à l'intégration par une inclusion raisonnable

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Compte rendu de la Rencontre du SIESC-FEEC qui a eu lieu du 22 au 27/28 juillet 2019  à Tainach/Tinje (Austria)


Nous voici de nouveau réunis pour une rencontre de professeurs chrétiens européens. Nous sommes 48 participants de 11 pays différents avec 3 langues de communication, l’allemand, l’anglais et le français. Certains parlent aussi l'italien, particulièrement les 2 Albanaises. Quelle joie de retrouver des collègues des années précédentes, de reprendre la conversation là où nous l’avions laissée et d’approfondir la connaissance de l’autre, de son pays et de sa culture ! C’est aussi l’occasion de construire l’Europe, une Europe ouverte et accueillante en opposition avec celle que nous connaissons actuellement, surtout après les dernières élections européennes.

Le thème de la rencontre est Les contributions de l’école à l’intégration par une inclusion raisonnable, un thème riche qui va favoriser les échanges, parfois animés, dans les groupes de travail linguistiques.

La première conférence Les défis de l’intégration des enfants issus de l’immigration à partir de l’exemple d’un « collège » de Vienne m’a heurtée. Elle est faite par Monsieur Christian Klar, directeur d’un « collège » à Vienne. Pour lui l’intégration est synonyme d’assimilation. Les migrants doivent non seulement respecter les lois autrichiennes, ce qui s’entend, mais aussi les traditions du pays d’accueil même si elles sont opposées aux leurs. En cas de non-respect des règles de l’école la sanction est immédiate, sans qu’apparaisse, me semble-t-il, le moindre projet éducatif derrière. Certains d’entre nous ont été surpris par le manque de réflexion sur ce qu’ont pu vivre ces jeunes Tchétchènes, Syriens, Afghans… dans leur pays d’origine ou dans des camps de réfugiés. Ces jeunes doivent s’adapter à l’Autriche, être reconnaissants à ce pays de les accueillir et reconnaître que c’est le plus « beau pays au monde » (et pourquoi pas la France, l’Italie ou la Syrie ...). La discussion dans mon groupe après la conférence est animée, je ne suis pas la seule à avoir été choquée par certains des propos tenus et par le manque de projet éducatif pour ces jeunes. Mais nous découvrons lors de la synthèse finale des groupes (4 en tout) que certains ont apprécié les propos francs et sans filtre du conférencier.

La deuxième conférence Théorie et pratique de l’inclusion des enfants qui ont besoin d’aide pour l’intégration de Wolfgang Mazal, professeur à l’Université de Vienne, est plus axée sur la sociologie avec des statistiques qui permettent de mettre en perspective la conférence du jour précédent : l’Autriche est, en 2017, au premier rang des pays européens qui accueillent des migrants (237 reconnaissances d’asile pour 100 000 habitants en Autriche contre 36 en France). Certaines écoles de Vienne accueillent jusqu’à 70% de migrants. Monsieur Mazal met en lumière l’importance de l’intégration, qui, pour lui, n’est pas assimilation mais inclusion. Chacun doit faire un pas vers l’autre. Il souligne également l’importance du milieu socio-économique des élèves scolarisés et l’importance de la connaissance de la langue pour l’enfant. De même il parle de la présence de livres dans les familles, livres qui ont un rôle bénéfique dans les études des enfants.

La conférencière du 3ème jour ne pouvant pas être présente, sa participation Mesures pour l’intégration ou l’inclusion des enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux en Slovénie est lue à deux voix. La discussion en groupe ensuite est riche car nous découvrons les pratiques des différents pays pour l’inclusion des jeunes à besoins particuliers. En Italie par exemple il n’existe pas d’écoles spécialisées, tous les élèves sont inclus dans les classes, l’effectif ne pouvant alors pas excéder les 21 élèves. L’élève est aussi accompagné par un enseignant spécialisé. Dans d’autres pays, l’Albanie ou la Roumanie peu de choses sont mises en place pour aider les jeunes à besoin particuliers et leurs familles.

Cette rencontre en Carinthie nous permet de découvrir une région particulière de l’Autriche de par son histoire. Comme le souligne à la cérémonie d’ouverture la Présidente de la VCL (association autrichienne) de la Carinthie, c’est un lieu adapté pour notre rencontre car la culture autrichienne et la culture slovène se croisent tandis que l’on retrouve des traces de civilisations plus anciennes, celte et romaine. Nous visitons Klagenfurt la ville principale et découvrons son histoire en lien avec la Slovénie. En 1920 les habitants de la Carinthie ont choisi de « rester » Autrichiens lors d’un référendum. A deux autres moments nous rencontrons cette double culture : une soirée avec un octuor d’hommes qui chantent en slovène, en allemand et dans d’autres langues en reprenant des chansons populaires ; une soirée avec l’inspecteur qui s’occupe de l’enseignement du slovène en Carinthie : certaines écoles proposent l’enseignement en slovène mais l’examen final est le même que pour ceux qui suivent l’enseignement en allemand. Ces classes sont fréquentées par des élèves qui parlent slovène à la maison, par quelques migrants (Bosniaques, Croates, Italiens) ou par ceux qui ont étudié le slovène. Cela permet de conserver la culture slovène vivante. Nous retrouvons ce bilinguisme dans la célébration de la messe dans la maison qui nous accueille, en allemand et en slovène.

D’autres visites nous font remonter dans le temps : nous visitons le parc archéologique de Magdalensberg. Au-dessus, sur le sommet de la montagne un site celte a été découvert. L’excursion facultative nous emmène à Maria Saal, bourg typique avec son monastère et son église fondée par Saint Modeste au 8ème siècle, l’église actuelle étant du XVème. Nous nous rendons également à Gurk, siège de l’évêché. Après la visite de la cathédrale, du musée et une dégustation de la liqueur faite sur place, nous assistons à la messe dans la cathédrale.

Cette rencontre, une fois de plus, a démontré que, même si nous sommes différents d’un pays à l’autre, même si notre pratique professionnelle est ou a été différente, c’est le même Seigneur qui nous guide et nous fait découvrir dans nos élèves, nos frères et soeurs. Les moments de prières et les messes nous réunissent tous dans cette même foi.

La séparation à la fin est toujours pleine de promesse de se retrouver l’année suivante, en Pologne en 2020. Mais en cours d’année certains se revoient : une Allemande a reçu les deux directrices d’école albanaises et elle est ensuite allée chez elles en Albanie, un séjour qui l’a marqué par l’accueil chaleureux et la beauté du pays. Une Allemande s’est rendue en Sicile chez des collègues. Les rencontres du SIESC c’est aussi cela : des liens qui se tissent au fil des années. Donc pourquoi ne pas essayer vous aussi ?...

Catherine Le Coz
Grenoble (France)

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