La plume ou l'ordi ?

29 juillet 2013 By

Feuilletant par désœuvrement un des magazines scientifiques de mon cher et tendre, je lis dans Sciences et Vie n° 1151 d'août 2013 (déjà sorti le 25 juillet : bah oui, M'dame, c'est ce qu'on appelle les progrès de la science !)... 

            Feuilletant par désœuvrement un des magazines scientifiques de mon cher et tendre, je lis dans Sciences et Vie n° 1151 d'août 2013 (déjà sorti le 25 juillet : bah oui, M'dame, c'est ce qu'on appelle les progrès de la science ! Philippe Meyer eût dit « nous vivons une époque moderne » et précisé que « le progrès fait rage » J) l'article pages 68 à 71 « Les élèves doivent garder la main » : l'auteur y explique qu'après avoir cru que élèves apprendraient bien plus vite à lire (et à écrire) via l'ordinateur, un clavier et des touches, on fait machine arrière (si je puis dire). Les scientifiques se sont rendu compte, en étudiant par IRM les zones du cerveau activées par toutes ces activités (lire et écrire, et pour cette dernière, à la main ou via un clavier), qu'il est nécessaire de former les lettres puis les mots à la main, pour être capable de bien les lire, les déchiffrer ; ceux qui ont fait ainsi sont bien meilleurs en lecture que ceux qui ont appris à lire et "écrire" via un clavier. Pourquoi ? parce que « le mouvement d'écriture laisse une trace, une "mémoire sensori-motrice" qui est réutilisée au moment où on lit, pour identifier les lettres », même si l'on a appris à écrire en cursive et qu'on lit en script. « L'écriture manuelle serait cruciale pour établir le système de reconnaissance des lettres » selon une chercheuse  états-unienne, qui espère que les USA reviendront en arrière, surtout les États où l'apprentissage de l'écriture manuelle n'était plus un enseignement obligatoire depuis 2010 (mais plusieurs l'ont déjà fait).   

 

          Voilà qui va apporter de l'eau à mon moulin quand mes élèves de lycée récrimineront devant les fastidieux devoirs à la main de 3 ou 4 pages (mais M'dame, c'est lent, c'est fatigant, d'écrire à la main…). Voui, mais c'est encore comme cela que l'on fait à l'examen, dis-je, donc il faut vous y entraîner, et d'une. Et de deux, ajouterai-je, cela active votre mémoire sensori-motrice. Et zou, argument scientifique imparable !

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          Antoine de la Garanderie, pédagogue fort à la mode un temps, délaissé aujourd'hui (il faudrait parvenir à un moyen terme…) avait lui aussi insisté, à côté des célèbres "visuels" et "auditifs" [c'est hélas tout ce à quoi sont réduites ses analyses et propositions pédagogiques, quand on les connaît…] sur les "kinesthésiques", ceux qui apprennent et mémorisent via le geste. Le toucher, le ressenti, la manipulation sont décisifs pour les tout-petits, comme on le sait ; mais plus tard aussi ! Le corps nous permet de retenir, de comprendre, le geste a son importance ; le corps enregistre, "imprime", il s'exprime aussi (médecins et psychologues le constatent si souvent) ; le corps a également le pouvoir de déverrouiller la mémoire (c'est la célèbre petite madeleine au thé de Proust…).

 

          Repensant au si inconfortable bureau sur lequel je prenais des notes pendant les oraux de français du Bac (bureau trop haut, ou chaise trop basse ? en tout cas, inconfort certain… douleur au cou et à l'épaule droite... mauvais pour les notes, ça L) il y a 4 semaines, je me rends compte que notre corps (élèves et profs) est bien mal traité dans les salles de cours… Je songe aussi à la façon d'organiser l'espace-classe (où, comment disposer tables, bureau, tableau), à la lumière ; aux messages qu'envoie le corps, sa position, ce qu'on en montre/cache… Bref.

 

          Si souvent, nous, les enseignants, nous concentrons sur le seul contenu de nos cours, et jamais sur les conditions matérielles dans lesquelles ils ont lieu (sauf si le vidéoprojecteur ou le TNI magiques ne fonctionnent plusL), si souvent nous nous adressons aux seuls esprits de nos élèves… ! Montaigne, dont j'aime tant la sagesse et le pragmatisme, demande au précepteur modèle dont il trace le portrait dans « De l'institution des enfants » (Essais, I, 25) de ne pas oublier les exercices du corps, très importants dans l'éducation humaniste ; il explique ailleurs (« Sur des vers de Virgile », Essais, III, 5) qu'une excellente santé « suscite en l'esprit des eloises 1 vives et claires », alors que l'inconfort, voire la douleur physique, « affaisse l'esprit, le cloue et en tire un effet contraire ». Les profs ont trop tendance à oublier le corps, cette "guenille" : « Guenille, si l'on veut, ma guenille m'est chère » protestait Chrysale dans Les Femmes savantes (II, 7).

 

          Vacances, temps de repos de l'esprit et d'exercice du corps, j'apprécie votre pause…

 

1 : des éclairs, étincelles, flammes ; on pourrait presque dire des "fulgurances" ].

 

illustrations : un immense  MERCI  au talentueux Georges Million * !!!!

 

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* visitez son site ici :   http://www.millioncartoons.com/

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