Identités Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Gérard FISCHER   

 

     Conjonction d'événements dérangeants ces temps derniers : un débat sur "l'identité nationale" qui fait irruption en France, dont les arrière-pensées électoralistes sont transparentes, une "votation" quelque peu xénophobe qui refroidit l'atmosphère en Suisse - et ce ne sont que ceux qui ont fait la une de l'actualité. Dans ce contexte franchement délétère, où retrouver des repères plus sains ?

     Peut-être en commençant par nous rappeler notre identité fondamentale, celle que nous avons reçue en répondant à l'appel de Dieu : notre identité de baptisés. Curieuse identité que celle-là, fondée sur des évangiles semés de variantes et de contradictions, mais proclamant fondamentalement un unique message. Une identité ni fermée, ni défensive, une identité au contraire toute pétrie d'ouverture, d'accueil de l'autre et de tout autre, de compassion, d'engagement au service de l'homme et de la création.
... celle que nous avons reçue
en répondant à l'appel de Dieu :
notre identité de baptisés.

Une identité multiforme, réalisée de multiples façons selon les lieux et les époques, jamais parfaitement mais de façon constamment nouvelle. Une identité qui se veut identification aussi fidèle que possible à Jésus de Nazareth, le Christ. C'est là qu'est la pierre d'angle sans laquelle le reste n'a plus guère de sens.

     Et puis il n'est pas mauvais de nous souvenir que nous sommes fonctionnaires et enseignants, donc laïques. C'est une deuxième dimension de notre identité. A première vue, c'est une contradiction : comment pouvons-nous de gaîté de cœur renoncer à proclamer ce qui nous est le plus profond, ce qui nous fait vivre ? Sans doute parce que cette option laïque nous paraît mystérieusement accordée à l'un des traits les plus fondamentaux de notre identité chrétienne : le respect total, l'accueil sans conditions des autres dans leur diversité, et la volonté de contribuer à construire entre les hommes un "vivre ensemble" apaisé. Et peut-être aussi parce que nous avons appris, au fil des siècles et de l'histoire, que la proclamation, voire l'imposition de la religion, par tout autre moyen que l'attrait de vies qui la mettent en œuvre, est totalement contre-productive. Autrement dit, une option laïque que nous pouvons vivre dans le droit fil de notre identité évangélique.

     Au fait, et l'identité nationale dans tout ça ? C'est vrai, nous sommes nés sur un certain sol et pas ailleurs, cela fait partie de notre humanité. Nous avons été élevés dans une certaine culture, et nous avons toutes raisons d'en être heureux et fiers ; elle nous apprend entre autres à valoriser les autres cultures du monde, avec lesquelles elle entre en dialogue au bénéfice de tous. Certains d'entre nous ne sont pas nés sur ce sol, mais ont choisi d'y venir, enrichissant la culture française d'une part de la leur. Et d'autres ont choisi d'aller au Canada, en Argentine ou en Indonésie métisser leur culture d'origine avec la culture locale. Et c'est bien ainsi.
     Dans cette culture nationale, trois pôles éclairent notre vie commune : la liberté, l'égalité et la fraternité.

La fraternité enfin,
le dernier pôle, le plus souvent oublié,
et pourtant le plus fondamentalement accordé
au message de l'Évangile.

     La liberté d'abord, historiquement délivrance de l'oppression de la monarchie autoritaire et affirmation que tout homme est sujet de droits, et qu'aucun de ces droits ne peut lui être dénié. Elle pourrait être actualisée aujourd'hui de diverses manières : liberté de vivre sans être l'objet des surveillances constantes rendues possibles par la technologie moderne, liberté de gagner sa vie par son travail, liberté de vivre sa propre culture tant qu'elle n'empêche pas les autres de vivre la leur...
     L'égalité ensuite, arrachée jadis à une société hiérarchisée entre nobles, gens d'Église et roturiers. Elle reste encore à faire aujourd'hui, contre les inégalités économiques multipliées ces dernières années par le libéralisme triomphant, contre les discriminations faites au nom, au sexe ou au faciès qui plombent l'avenir de tant de nos concitoyens, contre l'inégalité des chances que l' École peine tant à réduire... 
     La fraternité enfin, le dernier pôle, le plus souvent oublié, et pourtant le plus fondamentalement accordé au message de l'Évangile. Reconnaître les autres, tous les autres, pour des frères, nous refuser à les juger et plus encore à les condamner par avance, accepter pour nous les sacrifices nécessaires afin qu'ils puissent eux aussi mener leur vie dignement, valoriser leurs qualités et leurs cultures quand elles ne sont pas les mêmes que les nôtres. Entre autres, accepter quelques minarets, dans nos pays déjà couverts de clochers... Pauvre fraternité, si souvent oubliée ailleurs qu'au fronton de nos monuments publics ! Et pourtant si indispensable pour que la liberté et l'égalité ne restent pas de vains mots !    

     Belle chose que l'identité, à condition d'être bien comprise et non dévoyée dans des affaires de drapeau, d'hymne national et de fermeture à l'autre. Si nous, chrétiens dans l'enseignement public, avons une contribution à apporter au débat actuel, il me semble qu'elle est dans cette tonalité-là.

Gérard Fischer, Reims
décembre 2009


DES PISTES DE DISCUSSION
pour un débat en équipe

  • En dehors de celles évoquées dans l'article, notre identité comporte-t-elle d'autres dimensions ?
  • En quoi peut consister l'identité d'un(e) chrétien(ne) ?
  • La hiérarchie des identités telle que la suggère l'article vous paraît-elle convaincante ?

          Bon débat !

 
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