mardi, 27 décembre 2016 08:19

Spiritualité à l'école publique ?

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Une quarantaine d'enseignants publics
réunis pour parler de spiritualité, qu'est-ce que ça donne ?

Rencontre d’animation d’Issy-les-Moulineaux, 20-22 octobre 2016.
Recherche de sens et de spiritualité dans l’enseignement public.

Par un temps d’automne bien parisien, une quarantaine d’adhérents, ou de personnes intéressées par le sujet de la spiritualité à l’école publique se sont retrouvés à l’accueil St Paul d’Issy-les-Moulineaux. La première demi-journée a été consacrée à un échange sur les réalités de l’École et de l’Église.

Échange sur l'actualité

Pour ce qui est de l’école on a relevé le sentiment d’une difficulté à fonctionner, avec, en collège, des réformes à assumer sur plusieurs niveaux à la fois. Par ailleurs des élèves ont été déstabilisés par les attentats et les exercices visant à renforcer la sécurité des établissements. Les lycées en ZEP sont en train de se mobiliser, car tout simplement, ils ont été oubliés dans les textes prévoyant la réorganisation de l’éducation prioritaire.

Pour ce qui est de l’Église, le tour de table a permis de se rendre compte de situations très contrastées concernant le statut du laïcat. Il semblerait que ce sont les expériences synodales qui donnent la parole au peuple chrétien, tout à la fois aux mouvements et aux autres assemblées (paroisses, groupes synodaux). Parfois, des synodes ayant eu lieu il y a une petite dizaine d’année continuent d’éclairer l’organisation de la communauté chrétienne. Ailleurs l’Église apparait avant tout sous son aspect hiérarchique, faisant souffrir ses prêtres les plus âgés. De ce point de vue, les diocèses d’Ile de France vivent les mêmes contrastes que ceux de l’hexagone.

Le temps d’échange suivant, animé par Anne-Marie, fait apparaître la grande richesse des engagements des personnes présentes, et la manière dont chacun crée des liens entre ses diverses responsabilités dans l’école, l’Église et le service de notre association. Sont apparus aux yeux de tous les présents, la venue et l’engagement de nouvelles personnes !

Spiritualité et enseignement public

Le lendemain, Nicole Lemaître, professeur émérite d’histoire à Paris I, est intervenue sur la question de fond de notre rencontre : recherche de sens et de spiritualité dans l’enseignement public. Ayant entendu, l’année précédente, dans un groupe de travail pluri-religieux que "l’enseignement public était un enseignement sans spiritualité", expression intentionnellement critique, nous avions décidé d’aborder ce thème.spiritualite

Nicole nous a d’abord parlé de son expérience commencée avec des élèves de lycée technologique. Ces jeunes étaient (et sont !) intéressés par les questions de fond sur le sens de leur vie, la mort, la sexualité, l’au-delà. Devenue enseignante à l’université, Nicole s’empare de sujets de recherche sur des aspects religieux de la vie sociale, ou d’objets patrimoniaux religieux. Mener des recherches de manière laïque sur ces questions, questionner ces réalités, c’est se rendre capable de penser son passé, et ceci est essentiel, pour envisager ce que peut être l’avenir.

Nicole a ensuite participé à la bagarre autour de l’enseignement du fait religieux à l’école. Sommes-nous capables de comprendre aujourd’hui le soulèvement des paysans souabes (époque de Luther), ou la querelle des dévots (Louis XIII) ? Pouvons-nous mieux comprendre les guerres de religions qui ont marqué notre histoire ? Sommes-nous si loin de ces questions de fond ? A travers de telles études, il s’effectue, pour les étudiants, une éducation à la lecture des significations : un patrimoine est toujours une manière de penser le monde. Une étude historique réelle ne peut pas faire l’économie d’un travail sur les doctrines…

Est ensuite venue le temps de la mise en place pour l’organisation des concours de recrutement des enseignants d’Histoire-Géographie des décisions concernant l’enseignement du fait religieux dans le secondaire.

Dans la seconde partie de son exposé, Nicole nous a fait part de sa manière de penser la recherche d’un sens ou d’une spiritualité dans l’enseignement public, recherche rendue nécessaire par le consumérisme envahissant, accompagné de la revendication pour certains courants religieux d’imposer un sens. Il s’agit d’abord de passer d’un sens pour soi, à un sens pour tous, une lisibilité pour tous. Nicole a évoqué comment l’étude de films de fiction, comme les western, permettait de comprendre le sens proposé par des courants religieux. Elle a insisté ensuite sur l’importance des recherches œcuméniques, en particulier dans l’analyse des compromis et des paix locales, les pratiques des faiseurs de paix. Elle a enfin pointé l’immense travail à faire de manière interreligieuse, et avec les tenants d’une spiritualité athée.

En conclusion Nicole nous a fait remarquer l’importance que peut revêtir, dans un travail fait avec d’autres, le fait d’avoir sur la spiritualité une vision de l’intérieur.

Échange entre les participants

L’échange qui a suivi, avec Nicole et entre nous, a été mené en deux parties, la première sur l’approche de la notion de spiritualité, la seconde sur la place d’une recherche de spiritualité à l’école publique. Il avait été préparé par l’envoi d’un questionnaire. Nos points de vue sur la notion de spiritualité sont forts différents, et ils ont été quelque peu déplacés par l’intervention de Nicole… Beaucoup d’entre-nous nous retrouvions commodément dans la notion de spiritualité « laïque » défendue par Luc Ferry, par exemple… Il nous faudra approfondir la question. La seconde partie de l’échange sur les retombées concrètes à l’école fut plus consensuelle. Plusieurs pistes de recherche ont été retenues :

- Une recherche de sens, peut être de spiritualité (sur ce deuxième point nous n’étions pas d’accord) ne peut s’ancrer que dans une culture solide. Cette culture est une condition d’une recherche libre.

- Un regard bienveillant porté sur chacun des jeunes, et vis-à-vis des jeunes dans leur ensemble est une condition pour que se développe une conscience des significations.

- Un travail doit être proposé à chaque jeune pour qu’il puisse être conscient des dimensions de son intériorité. De ce point de vue là, le domaine 3 du socle commun de connaissances, de compétences et de culture peut nous aider.

- Un enseignant s’engage dans ce qu’il fait et dit, et son positionnement, adapté à chaque niveau d’enseignement, est très important pour les élèves.

Merci à Nicole de nous avoir permis de nous reconnaître un peu dans ce travail "d’accoucheurs d’humanité" !

Mais le travail n'est pas fini pour autant...

Daniel nous a ouvert ensuite le chemin du séminaire St Sulpice d’Issy… Nous avons même été au soleil dans ce grand parc et visité les cachots ! En soirée, la prière universelle spontanée a été si riche que Christine en a ensuite rassemblé les éléments, pour en garder une trace...

Le lendemain nous avons travaillé en groupe sur trois chantiers, dont celui des Semaines Sociales Ensemble, l’éducation. Deux contributions à leur plateforme ont été mises au point. Les deux autres chantiers sont toujours ouverts : le numéro spécial de Lignes de crêtes, et la préparation de la rencontre d’avril de CdEP sur le Corps et l’École.

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